Publié le 31 Août 2012

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Rédigé par Écriture plurielle

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Publié le 31 Août 2012

En général, il est admis, et les Académiciens ne me contrediront pas, que les mots ont un sens. On le rabache en classe, on l'exige de son auditoire, on s'appuie dessus au quotidien.

Or je prétends justement le contraire : les mots n'ont pas de sens, sinon il n'y aurait pas moyen de s'en servir pour s'exprimer.

Vous m'objecterez sûrement que tout tentative de communication serait vouée à un cuisant échec si la confiance des interlocuteurs dans le sens des mots venait à vaciller ? Pourtant, les plus sages ( les traducteurs) ont abandonné depuis belle lurette l'illusion naîve d'un sens unique, même si les plus persévérants continuent à tresser à l'instar de Pénélope les liens logiques qui unissent les acceptions, s'étonnant à peine du double sens et héllénisant sans outre mesure les contradictions internes. C'est ainsi que l'énantiosémie caractérise ce qui signifie une chose et son contraire en même temps. Je l'apprends donc.

Par exemple : "Elle loue cet appartement. " Une telle phrase fait surgir deux hypothèses simultanées. Soit elle perçoit le loyer mais n'y loge pas ; soit elle doit payer pour y habiter. Le contexte, l'implicite et l'identification des parties en présence permettront d'élucider rapidement cette affaire de quittances, mais on voit bien que le mot en lui-même ne se prononce pas (ce qui est un comble) et garde une neutralité de bon aloi. Les erreurs d'orthographe recèlent souvent des trésors d'ingéniosité pour maintenir une ambiguïté consensuelle : on autorise ainsi ses lecteurs à introduire leurs propres idées, sans leur imposer de lecture à sens obligatoire. À re-percuté ; ai répercuter.

Pour autant, on ne fait pas dire n'importe quoi aux mots, car ils ont des caractéristiques physiques indéniables, et immédiatement ressenties comme arbitraires : une matière sonore (rythme, musicalité), une matière graphique (courbes, droites, au dessus - au dessous- sur la ligne) et une "appartenance familiale", c'est-à-dire grammaticale, linguistique, sociale...( je classe ici le mystère des genres). Tous les enfants, souvenons-nous, inventent le sens des paroles des adultes, comme Colette et son petit presbytère jaune à rayures, qu'elle écrase au moment où sa mère la force à écouter la définition communément admise du terme rêvé. La poésie consiste à retrouver les mots dans leur état de "pré-sens", quand ils sont accessibles à tous, avant qu'ils ne soient réduits à outiller des rapports de force utilitaires.

Du coup, si les mots n'ont pas de sens, que leur reste-t-il ? Disons qu'ils ont un domaine d'application, qu'ils transportent une ambiance, qu'ils recèlent une potentialité de création du monde. Ils transportent ce que chacun veut bien y mettre, de ceux qui parlent, comme de ceux qui écoutent, au moins à égalité. La vie, quant à elle, a bien un sens, et même particulièrement inéluctable : c'est celui du temps. Le passé engloutit notre présent au moment où il esquisse l'avenir, sans le moindre espoir de retour, de ralenti ni d'accéléré. Les paroles ne connaissent pas ces contraintes ; elles peuvent se répéter, se retirer, se projeter, se modifier.

Bref, elles vont dans tous les sens justement. Profitons-en.

30 août 2012
aîtres ou ne pas êtres ?

Il existe un mot ancien, masculin pluriel, avec deux orthographes : aîtres et êtres, dont le sens est "agencement d'une maison", "disposition des parties d'une maison". Comme dans cette phrase, que nous avons trouvée dans le Bon Usage : "Ils se firent montrer les êtres" (Philippe Hériat, La Famille Boussardel). A ne pas confondre avec aître (masculin singulier), à la signification étendue : "porche", "parvis d'une église", "cour entourant une maison", "cimetière d'église", qui vient du latin atrium ("cour intérieure").
Aîtres-êtres viendrait, lui, du latin extera, "ce qui est à l'extérieur". Avec ces mots et leurs définitions dans les dictionnaires, on ne parvient pas bien à démêler ce qui relève de l'intérieur et de l'extérieur : s'agit-il de l'agencement interne ou externe d'une maison ? Le Petit Robert ajoute à la confusion : il traduit le latin extera par "ce qui est à l'intérieur" ! L'intérieur serait donc à l'extérieur ? Un cas patent d'énantiosémie*.

La Langue Sauce Piquante

http://www.babelio.com/livres/Colette-La-Maison-de-Claudine/15912

http://www.babelio.com/livres/Colette-La-Maison-de-Claudine/15912

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Publié le 30 Août 2012

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Publié le 28 Août 2012

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Publié le 27 Août 2012

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