ecrivain prive ou public

Publié le 5 Octobre 2012

Tout est simple, tout est facile, tout est cohérent.

Tout est prédéterminé.

Tout ce qui pourrait dépasser, détoner, détonner, dérailler, est automatiquement massicoté. Ouf.

Tout ce qui pourrait donner une allure plus personnelle, échevelée, déjantée, fantaisiste, individuelle, créative, est automatiquement lissé, estompé, fondu dans la ligne. Ouf.

On ne risque pas l'impair, la bévue, la bavure, la faute de goût, le hic, le pas-de-côté, le malentendu, le quiproquo, le mal-dit, le bâclé, l'incompréhensible, l'ambigü, le contre-sens, le double sens.

Bref. Enfin, l'album à sens unique. On sait où on va.

C'est ça qui fait plaisir.

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Rédigé par Ecriture plurielle

Publié dans #fantaisies, #écrivain privé ou public, #livres

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Publié le 20 Août 2012

Ces derniers jours sont l'objet d'une conjonction thématique, bien prévisible cependant car le sujet occupe -c'est peu dire : envahit- toutes mes pensées. Qu'est-ce qu'un écrivain ? De l'extérieur, la définition est facile, quoique récemment aussi augmentée que la réalité : c'est celui qui écrit. De l'intérieur, les choses se corsent puisqu'il faut remonter à une source imperceptible.

Plusieurs de mes lectures coïncident avec l'idée du regard que l'on apprend à porter sur le monde:

Primo, sur Rue 89, « un romancier, c’est quelqu’un qui aura un autre regard que le vôtre et saura vous surprendre. Il faut une atmosphère dans le roman, une singularité », rappelle Catherine Argand.

Secundo, sur le site des Journées du Patrimoine, notre ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filipetti pérore (que j'emploie dans une acception non péjorative et résolument personnelle car dérivée de péroraison, "conclure", sans volume, ni emphase, étant trop simple pour s'appliquer à l'éditorial cité et le blog permettant par définition la licence) : "Car les Journées européennes du patrimoine poursuivent cette belle mission qui, plus qu'une leçon d'histoire, est une leçon de vie : apprendre à regarder autrement, passionnément, intelligemment notre cadre de vie quotidien."

Tertio, in Technique du métier d'écrivain, de Victor Chklovski, paru en 1927 en langue russe et édité en 1997 par l'Esprit des Péninsules, on peut lire p.20 :

"Il est très difficile, par exemple, de décrire par des mots, sans aucun dessin, comment faire un nœud avec une ficelle."

Suit p.21, cet intertitre majuscule :

"Apprendre à écrire, c'est non pas apprendre par cœur des règles, mais avant tout s'entraîner à porter une regard personnel sur les choses."

Cette partie se termine ainsi p.25 :

"Enseigner aux gens uniquement les formes littéraires, autrement dit, enseigner la manière de résoudre des problèmes mais pas les mathématiques, ce n'est rien moins que dévaliser l'avenir et fabriquer des médiocres."

Dans cet ouvrage, peut-être un peu réfrigérant, paternaliste et je-sais-tout, les commentaires n'ont pas pris une ride et ressemblent aux articles publiés actuellement sur internet.

Le point commun de ces opinions me saute aux yeux : il faut apprendre à voir (ou à regarder), alors que celui-là de nos sens paraît des plus évidents, donné en quelque sorte. Doit-on penser que la société, si performante dans ses avancées technologiques, n'avance guère dans la prise de conscience individuelle? Depuis le siècle des formalistes russes, nous nous sommes dilués dans la facilité éditoriale, plutôt que de tirer parti des enseignements de ces critiques littéraires. Aujourd'hui, nous ne sommes pas plus conscients en tant que lecteurs, ni en tant qu'écrivains (la preuve par le blog !)) qu'au siècle dernier.

Ou alors, on peut se dire que, désormais, l'écriture et la lecture appartiennent à une sphère tellement individuelle que la Littérature suivra le chemin de l'Idéologie et du Journalisme. Reste à savoir où on a rangé son regard personnel et sa confiance en soi ; reste à se découvrir voyant et à ne pas se laisser aveugler par les rayons médiatiques.

"Bests regards" est une fin toute trouvée, à condition toutefois que les lecteurs de ce billet s'en sentent aussi les destinataires.

Technicien d'écritures, un emploi d'avenir ?

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Rédigé par Ecriture plurielle

Publié dans #ecrivain prive ou public

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