Hexadécimal
Publié le 24 Août 2012
Si la grande majorité des leçons du cours préparatoires ne m'a laissé aucun traître souvenir, je me souviens avec acuité de celle des "bases". Ce matin-là, chaque élève disposait d'une quinzaine de cubes jaunes en plastiques, qu'il pouvait emboîter les uns aux autres. L'histoire consistait à réaliser des barres dont j'ai oublié le nom, puis compter les cubes restants, trop minoritaires pour constituer quoique ce soit d'intéressant.
Tout le piment de cette activité jouissive résidait dans la variation de longueur de ces barres. Par exemple, en base 4, on devait obtenir 3 barres + 3 cubes. D'où la conclusion : 15 en base 10 égale 33 en base 4.
Or, j'ai découvert récemment la manière de coder les couleurs en informatique. Wikipedia en donne justement un bel échantillon qui ouvre nos champs de vision. En revanche, la construction de l'adjectif hexadécimal me laisse songeuse. Quelle que soit l'argumentation avancée pour son adoption, ce terme me fait un effet tout à fait étrange pour plusieurs raisons :
D'abord, je n'en ai pas saisi la valeur car la notation des couleurs est composée de 6 signes (j'ai bien reconnu hexa-) mais comme des lettres s'en mêlent, je ne savais bigrement pas à quoi rattacher déci-, cousin lointain de la base 10 venue du fond de mon enfance. Je l'ai par conséquent extrapolé à toutes sortes de codes, surtout numériques ou informatiques.
Ensuite, à ce moment-là, la question de la nature profonde des affixes m'a effleurée : je ressens hexa- comme un préfixe, sorte d'adjectif qui a besoin d'un radical pour constituer un couple traditionnel. Or, déci-possède les mêmes qualités, la même essence adjective. De ce fait, selon le locuteur, chacune des deux parties du mot peut assumer la solidité radicale, ou encore on peut dire qu'il existe un genre d'équilibre égalitaire de sa construction.
Pour finir, une relative stérilité, c'est-à-dire l'absence de dérivation immédiatement possible (hexadécir* ? hexadécimage* ? hexadèce*?), n'empêche nullement ce vocable de réussir un tour de force emblématique : l'alliance intime d'Athènes et de Rome, de l'antique et de l'actuel, des chiffres et des lettres.
Pourquoi est-ce que je me demande si l'alternative au RVB a des tendances LGBT ?
Dans quelle mesure les programmes de notre enfance ont-ils été assimilés ?
L'adjectif hexadécimal provient de la juxtaposition de hexa et de décimal. Le préfixe hexa provient du grec ἕξ (hex) qui signifie six alors que décimal est un terme de provenance latine. Le choix a été fait dans l'appellation d'écrire 6+10 au lieu de 16, pour insister sur l'ajout de six chiffres supplémentaires par rapport au système décimal, système largement diffusé aux États-Unis.
Pour obtenir une cohérence dans l'étymologie tout en conservant l'écriture 6+10, la documentation Bendix utilisait l'appellation sexadécimal ; mais l'appellation fut rejetée, jugée trop risquée. Selon Schwartzman1, les pirates informatiques auraient été tentés d'utiliser l'abréviation sex. Selon Donald Knuth2 la bonne appellation aurait dû être senidenary ou en français système sénidénaire, dont la construction étymologique est la même que système binaire.
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