Publié le 6 Septembre 2012

/ En fabrication
Sfumato



Sur le plateau de « Sfumato », Rachid Ouramdane transpose le témoignage de ces « réfugiés climatiques », également nommés « éco-réfugiés », confrontés à la disparition et la dissolution de leurs territoires. Une expérience moderne d’exil et une poétique du souvenir formulée en collaboration avec l’auteure Sonia Chiambretto.



Rachid Ouramdane, propos recueillis en janvier 2012
« J’ai repensé à ce voyage au Vietnam que j’avais fait il y a quelques années pour Loin…. À ce village nommé Lai-Châu, en passe d’être enseveli par les eaux. J’ai repensé à ces habitants qui, quand on leur parlait de Lai-Châu, demandaient « lequel des deux ? » parce qu’une copie conforme du village était en train d’être construite ailleurs pour reloger les gens.

Alors, j’ai pensé à ce que ça signifiait de voir disparaître les choses, disparaître les gens, de partir et d’être séparé d’un amour.

J’ai pensé au film Welcome et à ce réfugié kurde qui veut traverser la Manche à la nage. J’ai pensé à Still life qui traite de ces régions du monde englouties sous les eaux et d’une histoire d’amour noyée dedans.

J’ai pensé aux réseaux mafieux et aux passeurs qui font miroiter aux exilés des lieux plus désirables, des « ailleurs » qui, bien souvent, ne sont que fumée. J’ai pensé, comme ça, à Singin’ in the rain et à la magie nouvelle. J’ai pensé à la façon, sur le plateau, de créer des mirages, de jouer des apparitions et des disparitions.

J’ai pensé à Maguy Marin qui a construit sa pièce Salves sur ce principe rythmique. À Ma chambre froide de Joël Pommerat et cette façon de virer vers le surnaturel, à Paradiso de Roméo Castelucci avec son décor « à la Tarkovski », animé par les reflets lumineux créé par un bassin d’eau et qui réussissait, je trouve, à évoquer des lieux troubles dont on sent qu’ils ont un jour été somptueux mais qui sont aujourd’hui tombés en déshérence. J’ai pensé à ce qu’a écrit Emmanuel Carrère sur le tsunami dans D’autres vies que la mienne et je me suis souvenu aussi qu’Aldo (Lee), qui était avec moi à Lai-Châu et vient de partir en Chine rencontrer des gens directement touchés par les bouleversements climatiques, était lui-même au Japon pendant le tsunami de 2011.

J’ai pensé que ce serait beau d’avoir une sorte de pluie tropicale pendant tout le spectacle.

J’ai pensé que ce serait vraiment compliqué d’avoir cette pluie.

J’ai pensé à Dominique Pitoiset qui a travaillé pour Le maître des marionnettes autour de cette tradition vietnamienne de la marionnette sur eau, où les figures peuvent disparaître dans l’élément. À cette noyade à laquelle j’ai échappé quand j’étais enfant et au fait d’avoir éprouvé physiquement le potentiel destructeur de l’eau. À un exercice de danse buto qui propose de se déplacer comme si le corps était plongé dans une piscine et qu’aucune onde ne devait troubler la surface.

J’ai pensé aussi à Northfork, un film assez mainstream sur une histoire d’inondation qui montre bien, cependant, les répercussions jusqu’au plus profond de l’intime.

Et puis à l’illusion. Pas à de grands tours de magie, mais aux façons plus sourdes de leurrer les gens.

Après, j’ai pensé à ce qu’il resterait de tout ce vrac à la fin. Des traces, sûrement.

Un mot que j’aime bien. »


Sonia Chiambretto, auteur, propos recueillis en janvier 2012

"J’ai pensé « oh la la ». Tout de suite, j’ai pensé à Ushuaïa. J’ai pensé qu’il fallait faire l’inverse. Je me suis demandé comment on allait faire pour lier ce sujet des réfugiés climatiques à l’intime. J’ai pensé qu’on ne devait pas voir l’aspect géopolitique. Pas trop. Qu’on devait être ailleurs, à côté.

J’ai pensé que, Rachid et moi, on aime beaucoup tous les deux les docu-fictions de
Chris Marker et la façon dont il travaille la voix en lien avec l’image. Et puis j’ai repensé au film de Jeff Nichols, «Take Shelter», qui s’ouvre sur un ciel très beau, très menaçant. J’ai pensé que c’était fou à quel point la catastrophe travaillait en ce moment le cinéma, américain notamment, et que ça avait produit quelques merveilles. Si on repense à
«Melancholia» de Lars von Trier…

Et puis, j’ai pensé, qu’il y avait Noé, quand même. J’ai pensé à ça parce que je suis tombée par hasard sur un très beau livre illustré d’Arthur Geisert, qui s’appelle «L’arche», et j’ai pensé qu’il y avait quand même cette histoire de la fuite et du bateau.

J’ai essayé de penser à l’eau mais je suis davantage attirée par l’air, par la tempête, parce que c’est très porteur pour rythmer un récit. Je pense que c’est tout à fait subjectif, bien sûr. Je pense évidemment à ce grand calme qui s’impose juste avant l’arrivée d’une catastrophe. Et puis, je me suis dit que l’on est déjà très encombré par l’eau, ne serait-ce avec toutes les scènes d’amour, dans les films hollywoodiens, qui se dénouent sous l’eau.

Quoi qu’il en soit, j’ai pensé, comme Rachid, que s’il devait y avoir de l’eau sur scène, il n’y en aurait pas dans le texte. Que le texte en question devait survenir au début ou à la fin de la pièce, mais certainement pas dans la voix des danseurs.

J’ai pensé à la chanteuse Nico, à un désert de glace, et à Philippe Garrel. Parce que j’ai un ami qui est écrivain et policier, à qui on a demandé de recenser tous les lieux en Île-de-France contenant de la glace, en cas de catastrophe. Du coup, j’ai repensé à cette surface blanche – un désert de sel en fait – sur laquelle marche Nico, avec un petit garçon et un cheval, dans un vieux film de Garrel. J’ai repensé à ce côté incantatoire, et à ce traitement, très inspirant, de l’errance et du blanc.

J’ai rencontré des gens, une Chinoise, un Tahitien, dont l’histoire est liée au recouvrement d’une terre. J’ai commencé à écrire des sortes de litanies à partir de leurs paroles. Et puis, je me suis dit que la question cruciale, c’était l’urbanisme et l’architecture, le mouvement de construction/destruction. Par exemple, j’ai vu un documentaire sur la Nouvelle-Zélande où l’on voit des villes reconstruites en container. J’ai pensé au son aussi, au son de la catastrophe, aux murs anti-bruits qui sont installés dans le métro.

Je repense à ce que je disais tout à l’heure à propos des films catastrophe. C’est pas du tout gratuit. Je pense, qu’en fait, le vrai thème, c’est la peur. Quand il fait chaud, on a peur, pareil quand il fait froid. Le climat, aujourd’hui, cristallise la grande question de l’effroi.»

Sfumato - Biennale de la Danse 2012

L'écho d'autrui en nous.

C'est toujours soi que l'on recherche.

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Rédigé par Ecriture plurielle

Publié dans #fantaisies

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Publié le 6 Septembre 2012

[À vous de deviner le mot caché sous ***]

Même si l'on sait qu'il ne faut pas se fier aux apparences, on aura vite fait de cataloguer visuellement la réalité. L'idée m'est venue à l'occasion d'un projet d'illustration : pourrais-je scanner un objet volumineux, à la manière des élèves passionnés de *** et blanc, qui s'amusent à photocopier leur main -dans le meilleur des cas- quand les documentalistes du cdi ont le dos tourné ?

La question qui vient immédiatement est celle du fonds, précédant la forme posée sur la vitre. Cette couleur indéfinissable manque cruellement d'intérêt en terme de réutilsation : c'est celle du dessus, qui se glisse hypocritement dessous au moment du jpeg.

Merci à Monika pour ses Oranges CosmiquesMerci à Monika pour ses Oranges CosmiquesMerci à Monika pour ses Oranges Cosmiques

Merci à Monika pour ses Oranges Cosmiques

Il me faut donc supprimer du scanner ce traître de capot qui dénature l'ombre et la lumière de ma future insertion graphique. De fait, je suppose que la machine enverra son éclairage sans espoir de retour, ce qui créera au moins un *** uniforme, même s'il n'a rien à voir avec la réalité. J'en serai quitte pour un aveuglement éclair, mais de là à la suppression d'espace, il n'y a qu'un pas.

Voilà qui donne à penser. En effet, si tout ce *** résulte d'une fuite électromagnétique, il s'extrapole aussi facilement à l'univers entier. Le cosmos, une fois décrit par cette absence visuelle, s'assimle au rien, alors que justement, c'est l'inverse, c'est-à-dire qu'il nous aveugle de lumière en liberté. Nos yeux ne voient jamais que les murs et les frontières et nous nous accomodons trop vite de cette approche simpliste pour donner au *** des définitions hexadécimalement nulles.

Le *** est l'aspect visuel des objets qui n'émettent ni ne reflètent aucune part du spectre de lumière visible. Même si le *** est parfois décrit comme achromatique, ou sans teinte, il peut en pratique être considéré comme une couleur, comme dans les expressions « chat ***» ou « peinture *** ».

En effet, si l'on considère la synthèse soustractive, le *** est obtenu par un mélange de pigments absorbant chacun une longueur d'onde, combinés de manière à toutes les absorber ; c'est bien une couleur obtenue par mélange. Néanmoins, si l'on considère la synthèse additive (superposition de faisceaux lumineux monochromatiques), le *** est au contraire une absence de couleur. Dans l'espace standard RVB (Rouge-Vert-Bleu), il a pour composantes (0, 0, 0).

On oppose ainsi le *** au blanc, puisque le blanc est constitué de l'ensemble des longueurs d'ondes visible. Lorsqu'on combine les trois couleurs primaires en proportions équivalentes dans la synthèse additive, on va ainsi du *** au blanc en passant par toutes les nuances de gris. Dans le langage courant, blanc et *** sont appelés des "non-couleurs".

le *** de Wikipedia

Ma dernière considération est une sorte de dommage collatéral : si l'univers baigne dans la lumière et que le *** est une espèce de malentendu, comment réussir à identifier des rayons autrement qu'en reconnaissant que nous sommes, chacun à notre porte, le centre du monde. Le soleil se couche de la manière exacte qui nous correspond individuellement : quelle leçon de tolérance !

Par conséquent, si tout devient ***, allons emprunter les yeux de notre voisin !

L'avis de Nicole Grasset (Avignon)
Pas d'accord
"Autrefois toutes les villes et les villages n'avaient pas la même heure (c'est avec l'arrivée de la SNCF que cela s'est normalisé) et suivant où vous habitiez vous n'entendiez pas la même heure sonner au clocher du village... Et chacun voyait ou entendait midi à sa porte." (29 décembre 2008)

L'avis de Alexandra Grasset (Saint Cyprien)
Pas d'accord sur le "à"
"L'horloge étant un luxe au XVIIe, la population regardait l'heure au clocher du village : au même moment, celui qui était en face voyait bien midi, celui qui était à droite voyait midi moins... celui de gauche voyait midi plus... Chacun étant persuadé de voir la "bonne heure"... voir midi DE sa porte est l'expression que j'ai toujours entendue (grand-mère institutrice d'origine paysanne - Pyrénées Orientales) peu de gens possédaient une horloge, a fortiori à leur porte. Cela traduit toujours le même sentiment d'avoir raison et de se refuser toute discussion, persuadé de la véracité de son affirmation." (17 décembre 2008)

Collégiale

L'arc en ciel occident

L'arc en ciel occident

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Publié le 6 Septembre 2012

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Publié le 6 Septembre 2012

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Publié le 5 Septembre 2012

Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Kim Cattrall  & Roman Polanski in The Ghost Writer extrait de : http://tarkowski.tumblr.com/post/28832521581/ewan-mcgregor-in-the-ghost-writer
Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Kim Cattrall  & Roman Polanski in The Ghost Writer extrait de : http://tarkowski.tumblr.com/post/28832521581/ewan-mcgregor-in-the-ghost-writer
Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Kim Cattrall  & Roman Polanski in The Ghost Writer extrait de : http://tarkowski.tumblr.com/post/28832521581/ewan-mcgregor-in-the-ghost-writer
Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Kim Cattrall  & Roman Polanski in The Ghost Writer extrait de : http://tarkowski.tumblr.com/post/28832521581/ewan-mcgregor-in-the-ghost-writer
Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Kim Cattrall  & Roman Polanski in The Ghost Writer extrait de : http://tarkowski.tumblr.com/post/28832521581/ewan-mcgregor-in-the-ghost-writer

Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Kim Cattrall & Roman Polanski in The Ghost Writer extrait de : http://tarkowski.tumblr.com/post/28832521581/ewan-mcgregor-in-the-ghost-writer

Pour un écrivain public, la confidentialité et la confiance sont sœurs siamoises, et inscrites dans un double mouvement polaire, comme l'ombre et la lumière, ou encore donner et recevoir.

Les mots écrits sont le résultat de cette interaction, ils tombent comme des fruits mûris (normalement, à moins qu'un coup de stress n'ait secoué l'arbre, qui se met à semer ses prunes avant l'heure...) et détachés de la réalité. Le plus inavouable pour l'un sera lu distraitement par certains et ce que d'aucuns évoquent facilement peut paraître d'une audace étonnante à d'autres.

La publication ou l'édition s'accommodent de cet état de fait et je persiste à croire que l'espace à protéger est celui du non-dit, de l'intervalle, de l'entre-mondes et que l'auteur a le droit de se réfugier dans le silence. L'écriture est une parade à la broderie des fausses vérités et vrais mensonges, à la justification de gestes, à l'explication de textes et à la concrétion des êtres. Et je peux affirmer dans le même mouvement qu'écrire est un tremplin pour une broderie de véritables fantaisies et de chatoyantes inventions, pour une justification du destin, pour une explication de hasards et de coïncidences et pour une recherche d'autres dimensions de l'être.

Dans un livre, l'auteur jette ses mots à tous vents, mais en même temps, il garde par devers lui, ses plus intimes secrets, libérés des casseroles des apparences sociales qui viennent d'être emportés par Notos, Zéphyr, Borée ou Euros, selon les cas . Au fil des conversations, en vis-vis, une étincelle parfois s'échappe et on perçoit -et par conséquent on partage- un indicible éclair. Le voilà, le secret qui lie l'auteur et son ghost writer.

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Publié le 5 Septembre 2012

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Publié le 4 Septembre 2012

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Publié le 4 Septembre 2012

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Publié le 4 Septembre 2012

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